Des bactéries et la blockchain pour nettoyer les marées noires au Nigeria

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FIGARO DEMAIN - La vaste pollution pétrolière au Delta du Niger génère des problèmes de malnutrition, de mortalité infantile et de sécurité alimentaire. Contre ce fléau, une équipe de chercheurs s’appuient sur la biotechnologie, un système décentralisé et la population locale pour restaurer les ecosystèmes.

Par Muneer Yaqub, The Nation (Nigéria)

Dès les débuts du boom pétrolier nigérian, dans les années 1970, la population de la région du delta du Niger a dû faire face à ses conséquences dévastatrices. Avec plus de 12.000 marées noires au cours des 50 dernières années, la région anciennement immaculée est devenue la capitale mondiale de la pollution pétrolière. L’Organisation mondiale de la santé a constaté que, dans le delta du Niger, les systèmes de distribution d’eau potable sont contaminés par le benzène à des niveaux jusqu’à 900 fois supérieurs aux recommandations de l’OMS. En conséquence, cette région au sud du Nigeria risque une augmentation de 24% des taux de malnutrition et de mortalité infantiles.

Une étude menée par le Dr Best Ordinioha de l’Université de Port Harcourt affirme que les marées noires «entraînent une réduction de 60% de la sécurité alimentaire des foyers» dans la région. Un problème amplifié par l’augmentation du taux de chômage due aux milices au delta du Niger, qui vandalisent les oléoducs et enlèvent des ouvriers pétroliers contre des rançons.

Il faudrait jusqu’à 30 ans et un milliard de dollars pour nettoyer la pollution dans la région du delta du Niger.

Pourtant, le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour lutter contre les marées noires dans le delta, en dépit d’un rapport de l’ONU en 2011 stipulant qu’il faudrait jusqu’à 30 ans et un milliard de dollars pour nettoyer la pollution. Le gouvernement nigérian s’est finalement engagé à investir ce montant dans un programme de nettoyage et de régénération en 2016, mais ce programme a eu peu d’effets.

Convaincu que les populations de la région ne pourront pas survivre aux effets dévastateurs de la pollution pétrolière pendant 30 ans, Chinyere Nnadi, un entrepreneur nigérian basé aux États-Unis, a fondé l’association Sustainability International en 2007 pour revitaliser le delta du Niger. Son objectif principal est de nettoyer les marées noires villages après villages et de permettre aux jeunes femmes et aux ex-miliciens de trouver un emploi en luttant contre la corruption. «La corruption du système et le manque de transparence au sein de la société sont à l’origine du problème», explique Chinyere Nnadi. «Nous cherchons donc à mobiliser les populations locales, nous les formons, et les dotons de nouveaux outils pour soutenir leur communauté.»

Diplômé de l’UCLA en théâtre et études de cinéma et ancien présentateur de MTV, Chinyere Nnadi utilise une technologie approuvée récemment appelée Bioclean pour mener les opérations de nettoyage. Celle-ci a été mise au point par une équipe de recherche dirigée par sa propre mère, la Dre Fidelia Nnadi, à l’Université d’Ingénierie de Floride Centrale. Il s’agit d’une technologie organique non toxique, à base de bactéries, qui dégrade et restaure les sites contaminés en moins de 30 jours. Elle neutralise les hydrocarbures au niveau moléculaire, c’est-à-dire qu’elle se débarrasse du pétrole tout en laissant derrière elle des nutriments qui restaurent l’écosystème.

En 2012, la biotechnologie a été utilisée avec succès dans la ville colombienne de Chinácota pour décontaminer le sol, l’eau et la végétation en quatre semaines après la fracture d’un conduit de pétrole.

Les citoyens, les entreprises et les gouvernements impliqués

Convaincu que le plan de nettoyage du Nigeria échouait à cause de la méfiance, du manque de transparence et de responsabilité, Chinyere Nnadi a également tiré avantage de la technologie blockchain. Sustainability International s’est associé mi-2017 au studio ConsenSys, basé à Brooklyn et à son projet Blockchain for Social Impact Coalition. Ensemble, ils ont créé une plate-forme, Sela Labs, qui utilise des cryptomonnaies pour s’assurer que le processus de nettoyage reste exempt de corruption. «J’ai apporté la blockchain au delta du Niger parce que le cœur des institutions responsables était en péril», raconte Chinyere Nnadi. «Quand un système est malade et que les acteurs ne se font pas confiance, on ne peut pas travailler.»

La blockchain, sorte de grand livre comptable numérique, décentralisé et virtuel, permet un suivi transparent, instantané et incontestable des transactions, accessible à tous et vérifiable. Grâce à cette technologie, Sela fonctionne comme une plateforme de paiement sécurisé, favorisant la confiance entre les parties prenantes tout en garantissant aux travailleurs locaux un salaire décent. «La responsabilité partagée pourrait être le moyen de servir les intérêts de toutes les parties prenantes de la communauté, y compris les citoyens, le gouvernement et les entreprises», affirme l’entrepreneur.

L’association à but non lucratif a commencé à mener les premiers projets pilotes de nettoyage à l’aide de cryptomonnaies il y a un an à K-Dere, un village au sud du Nigeria. Ils espèrent déployer des opérations de nettoyage à grande échelle dans le delta du Niger à partir du mois de mai.

Cet article est publié dans le cadre de Earth Beats, une initiative internationale et collaborative rassemblant 18 médias du monde entier, dont Figaro Demain, autour des solutions aux déchets et à la pollution.

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