"Rien n’empêchera Libra de s’imposer si elle répond à une demande de nos concitoyens", estime le député LREM Pierre Person

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Pierre Person (LREM) fait partie des "crypto-députés", ces élus qui militent pour les technologies blockchain. Auteur d’un rapport parlementaire sur les crypto-actifs dont certaines recommandations ont été intégrées à la loi Pacte, il a été invité à ouvrir le salon Paris Blockchain, qui se tient les 13 et 14 novembre à Paris, alors que la technologie se cherche toujours une maturité et que l’arrivée du crypto-actif Libra sème le doute.

L'Usine Nouvelle – Axa vient de mettre fin à son service Fizzy, une application de contrats intelligents exécutés automatiquement et sécurisés via la blockchain. Cet arrêt de l'une des premières applications grand-public est-il le signe d'un manque de confiance dans la technologie ?

Pierre Person – Je ne peux pas le dire car je ne connais pas les motivations du choix d’Axa. Cependant, je pense que l’application de "smart contracts" [contrats intelligents] que permet la blockchain est une véritable révolution en termes d’usages et de services. J'ai pleinement confiance dans l’opportunité technologique qu’ils représentent.

La fin de Fizzy est une mauvaise nouvelle car, selon moi, on ne démocratisera la blockchain qu’en ayant des usages. C’est en donnant des applications et des services qui utilisent la blockchain que l’adoption se fera. La technologie en tant que telle, ma grand-mère ne sait pas l’utiliser, ne sait pas la décrire. Par contre, si vous lui donnez la possibilité d’être remboursée automatiquement quand son billet d’avion est annulé, elle comprend l’opportunité que cela représente.

Le projet de crypto-monnaie Libra, porté notamment par Facebook, est critiqué par Bruno Le Maire. Faut-il selon vous empêcher son arrivée en France ?

Le projet Libra n’est pas très détaillé pour l’instant : nous n’en connaissons ni les protocoles ni les modalités de gouvernance. Nous savons seulement qu’il est en cours de développement, qu’il a vocation à simplifier et révolutionner les moyens de paiement et qui il mobilise. L’initiative est critiquable, mais rien ne l’empêchera de s’imposer si elle répond à une demande de nos concitoyens. Sur ce sujet, comme sur tous les sujets numériques, il ne faut pas partir bille en tête sur une interdiction formelle.

Nous sommes très vigilants mais la vigilance ça ne suffit pas : il faut être proactifs. La sphère publique doit réfléchir aux possibilités d’amélioration du système monétaire pour qu’il ne soit pas concurrencé par la sphère privée. En la mesure, je milite avec mes collègues, que l’on appelle les crypto-députés, pour que la banque centrale européenne et les banques centrales nationales aient une politique d’innovation en la matière.

Quelle est la stratégie française en matière de blockchain ?

Nous sommes là pour dire l’importance de cette technologie et pour soutenir l’écosystème de start-up qui se développe, notamment avec un cadre légal attractif pour les capitaux. C’est ce que nous avons fait dans le cadre de différents rapports : le mien sur les crypto-actifs et celui de Laure De La Raudière et Jean-Michel Mis sur la technologie. L’enjeu est de porter d’une voix commune une ambition pour le secteur. Nous sommes en train de nous assurer que les décrets d’application soient bien signés par les autorités pour entrer en vigueur, notamment dans la loi Pacte.

Il est important que nous puissions accompagner le développement du secteur. Cela qui passe notamment par une législation européenne uniformisée, qui est à mon sens un des enjeux les plus importants. Mais aussi, en termes de souveraineté monétaire, par le développement d’un euro "tokennisé" [une version de la monnaie basée sur la blockchain] qui permette d’avoir une offre complémentaire publique aux monnaies privées qui sont annoncées.

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