Santé: redonner aux patients le contrôle de leurs données

Actualités blockchain

Blockchain / Actualités blockchain 190 Vues

La start-up franco-américaine Embleema fait le pari de monétiser ces informations, précieuses pour les laboratoires.

Redonner aux patients le contrôle de leurs données de santé, c'est le pari de la start-up franco-américaine Embleema. Cette jeune pousse créée il y a deux ans lancera cet été la première place de marché mettant directement en relation patients et laboratoires grâce à la blockchain. Servier et Pierre Fabre sont les premiers groupes pharmaceutiques à avoir répondu à l'appel.

Le constat est celui d'une certaine opacité. «Les laboratoires achètent ces données à des professionnels de santé, explique Robert Chu, fondateur d'Embleema, qui a fait sa carrière chez IBM et IMS Health. Les patients, eux, ne sont pas impliqués ni au courant. Nous leur donnons la possibilité de partager ces données de façon anonymisée et d'être rémunérés en fonction de la demande et de l'intérêt des laboratoires.» La technologie de la blockchain garantit la traçabilité et la fiabilité des données.

Embleema, qui vient d'accueillir à son capital le fournisseur de logiciels Pharmagest, parie sur les 10.000 pharmacies clientes de son nouvel actionnaire pour rallier des patients. Il reviendra au pharmacien la tâche de les convaincre lors de leur passage à l'officine. «Libre au patient de partager ses données, explique Thierry Chapusot, président de Pharmagest. S'il est d'accord, il se connectera sur l'application et rejoindra la plateforme.»

«Mise en relation directe avec les patients»

Ces données (ordonnances, entretiens menés par le pharmacien...) sont précieuses pour les laboratoires pharmaceutiques pour évaluer les besoins des patients ainsi que la qualité et l'observation des traitements. Qualifiées de «données de vie réelles», elles font partie des informations requises par les autorités sanitaires pour les demandes d'autorisations de mise sur le marché des médicaments. Les laboratoires les achètent à des centres de soin ou à des entreprises comme Iqvia (ex-IMS Health).

Les cohortes de patients varient en fonction des pathologies. Mais cela prend jusqu'à un an pour collecter ces données. «L'objectif d'Embleema est d'accélérer la recherche grâce à la mise en relation directe avec les patients, ajoute Robert Chu. Nous sommes la seule plateforme à le faire à des fins médicales.» «Le fait de ne plus avoir à passer par des réseaux spécialisés nous facilitera l'accès aux patients», estime Sophie Ollivier, chief data officer de Servier.

La start-up, qui s'est déjà lancée aux États-Unis, parie sur la volonté des patients de contribuer à la recherche. Et d'arrondir leurs fins de mois. Un dossier médical en oncologie coûte 8000 euros. Les pharmaciens seront aussi gratifiés. Les opérations se feront en jetons numériques, convertibles en euros. Le champ de la plateforme pourrait être élargi à des clichés d'imagerie, des bilans sanguins… mais aussi aux médecins.

Un énorme marché en perspective

En France, ce marché des données de santé en vie réelle pèse environ 200 millions d'euros. La plupart du temps, ce sont les hôpitaux et centres de soin qui vendent ces données à des entreprises comme Iqvia. Or ce marché est amené à croître compte tenu de la multiplication des données, via notamment les objets connectés, ainsi que des besoins croissants des laboratoires - liés à l'explosion de la demande régulatoire.

Dans ses dernières recommandations, la Food & Drug Administration (FDA) met ainsi l'accent sur la nécessité de produire des données de patients en vie réelle. Ce qui conduit l'industrie pharmaceutique à les intégrer dans le développement clinique. «Nous avons adapté notre organisation depuis un an pour que l'ensemble de nos projets contiennent ces données, précise Sophie Ollivier. On parle de milliers de dossiers nécessaires par médicament.» Un énorme marché en perspective, avec une multitude de données à collecter et analyser. Il devrait passer d'ici cinq ans de 690 millions à 1,35 milliard de dollars, selon IQVIA.


Big Bang Eco, Maison de la chimie à Paris, le 27 mars 2019, de 9h à 17h30

» Découvrez la 3ème édition 2019


Commentaires